L’invité: Vincent Keisen Vuillemin


Les fondements du bouddhisme

(Sources : Ph.Cornu « Le bouddhisme, une philosophie de bonheur », et beaucoup d’autres)

Présentation faite lors de la journée au vert de la Plateforme interreligieuse de Genève, le 17 novembre 2019



Je voudrais rapidement traiter de quatre questions intéressantes dans le bouddhisme :

  • Quels sont la vision et le but ultime du bouddhisme ?
  • Le bouddhisme est-il une religion ?
  • Quel est son enseignement ?
  • Le bouddhisme procède-t-il d’une transcendance ?

Vision et but ultime

Le bouddhisme est basé sur l’enseignement du Buddha – le Buddhadharma – qui nous propose de nous libérer par une pratique spirituelle exigeante alliant discipline, méditation et connaissance de la réalité, au delà des apparences que nous percevons par nos sens. C’est une Voie de libération individuelle doublée d’une grande préoccupation altruiste. Le Bouddha parle donc des problèmes inhérents à l’existence. Il ne s’est pas présenté comme un sauveur mais plutôt comme un conseillé éveillé qui a appelé chacun par un cheminement intérieur à trouver la paix et le bonheur. Le Dharma – qui désigne toute la réalité ainsi que l’enseignement sur la nature ultime des phénomènes – ne parle pas d’un lien avec la divinité mais avec l’intériorité de l’être.


La foi, ou la confiance, est à trouver dans les enseignements de Bouddha que chacun va expérimenter et valider à partir de l’expérience de sa propre vie. Le bouddhisme n’est donc pas une croyance, il n’y a pas de Bouddha à l’extérieur de soi. Pour suivre la Voie du Bouddha il faut être touché profondément par cet enseignement et abandonner une vie centrée sur soi-même au profit d’une vie conduite par les vœux du bodhisattva – l’homme éveillé et courageux, la grande figure du bouddhisme – : libérer tous les êtres, connaître tous les phénomènes, se libérer de tout attachement et faire le vœu de devenir Bouddha non pour soi-même mais pour tendre à de hautes valeurs éthiques qui permettront d’aider chacun. C’est un travail infini et donc le bodhisattva ne renonce jamais, son engagement est celui de toute sa vie. Il ne s’échappe pas du monde par compassion car là y vivent tous ses semblables.

La libération consiste à s’éveiller à la véritable nature de l’esprit et des choses et à sortir de notre ignorance, pour se libérer de la soif, de l’attachement à soi-même et s’ouvrir à la compréhension profonde de l’impermanence de toutes choses et de l’interdépendance de tous les êtres et de la nature. Dans le bouddhisme, et particulièrement dans le zen, rien n’a d’existence propre, rien n’existe de façon permanente. A la fin l’essence de tout être et de toute chose est vacuité, sunyata. Ce que nous observons ne sont que des formes changeantes et réelles, sans noumène, rien n’a d’identité propre, conséquence de l’impermanence et de l’interdépendance de toutes choses. En ce sens le concept de l’âme n’existe pas car rien n’est permanent excepté sunyata, la vacuité.

Le bouddhisme est-il une religion ?

Le Bouddha n’est pas un Dieu, ce fut un homme éveillé. Le bouddhisme n’est en rien semblable aux religions abrahamiques. Pour comprendre si le bouddhisme est oui ou non une religion, il faut d’abord se débarrasser de l’idée de la religion associée aux religions théistes. C’est avant tout la connaissance intime de la nature fondamentale de la réalité, le Dharma.

Le bouddhisme contient des rituels qui ne sont pas considérés comme efficaces en eux-mêmes, ce n’est pas du chamanisme. Ce qui est important c’est l’esprit dans lequel ils sont exécutés. Ces rituels peuvent être très complexes dans le bouddhisme Vajrayana ou le bouddhisme ésotérique, ou très simples comme dans le zen. Ils dépendent également de la culture du pays. Au Japon les cérémonies dans les temples zen peuvent durer longtemps. En Occident beaucoup moins. Il faut à ce point-ci se souvenir que la pratique du zen par exemple en Occident ne date que de cinquante ans.

Il contient une doctrine, une foi mais non une croyance, des rites, un sens du sacré ou de l’absolu, une communauté, une transmission et filiation stricte empêchant tout dérapage sectaire et donc il se présente bien comme un phénomène religieux à part entière. Il faut donc entendre le terme religion dans un cadre ouvert, c’est à cette condition qu’il peut trouver une place dans le dialogue interreligieux.

Un tel dialogue peut s’établir sur des bases éthiques et non théologiques, car par exemple Jésus, fils de Dieu, n’a aucun sens pour les bouddhistes. Un dialogue « bouddhisme – islam » ou « bouddhisme – judaïsme » est encore peu répandu. Là aussi un tel dialogue devrait faire l’apologie des vertus des croyants plus que des aspects de doctrine, ou de dogmes stricts.

Enseignement

L’enseignement du Bouddha est à la base un enseignement salvifique. Il n’y a aucune vérité révélée dans le bouddhisme. Cet enseignement s’adresse à chacun de façon différente selon sa vie. Ce sont plutôt des conseils d’éthique, de compassion envers tous, ainsi que de s’éveiller à la vérité naturelle de notre vie. La clé du bouddhisme réside dans l’expérience personnelle, non dans des dogmes.

Son enseignement primordial fut :

  • La souffrance est inséparable de l’existence
  • L’origine de cette souffrance est l’ignorance, qui conduit à l’attachement
  • Comme cette souffrance est dans notre esprit il est possible de le changer et de s’en sortir

Pour cela il faut suivre des bonnes pratiques, ce qui est appelé le sentier octuple

  • Moralité, discipline, éthique
  • Discipline mentale, concentration ou méditation
  • La grande sagesse

Le bouddhisme procède-t-il d’une transcendance ?

Sans référence divine extérieure le bouddhisme procède-t-il alors d’une transcendance ? Sa pratique va-t-elle au-delà des simples actions individuelles pour atteindre une dimension au-delà du personnel, c’est à dire transcendante ?

Toutes les actions du bodhisattva sont dirigées vers le but ultime de faire mûrir tous les êtres, de les aider à réaliser leur véritable nature libre, responsable et ouverte aux autres. En ce sens elles dépassent, transcendent des actions purement mondaines, et prennent un sens universel. Par exemple en ce qui concerne la première action de bien : le don ou la générosité. La générosité est la première paramita car elle s’accompagne de l’abandon de notre égoïsme, c’est une action désintéressée. Transcendantale elle consiste à donner tout ce que l’on a, ne pas y réfléchir sur le moment, mais être totalement ouvert dans une communication de cœur.

Il est dit dans le sutra de Vimalakirti : « En ce qui concerne le don, il n’a pas besoin de chercher les richesses pour les donner. Tous les objets précieux se trouvent dans les grandes mers, les palais des dieux et le monde des hommes, il en dispose souverainement. » De facto nous pouvons comprendre que rien ne nous appartient en propre. Nous avons l’illusion de posséder des choses mais en vérité nous n’en avons pas la propriété. Certes nous disposons des choses et les partageons, ce qui nous donne l’impression qu’elles sont à nous, et que nous faisons le don de ce qui nous appartient, mais en absolu ce n’est pas le cas. Que pourrions-nous réellement posséder alors que tout est impermanent, que tout nous échappe même si on voulait s’y accrocher, et que nous partageons ensemble la vie sur cette terre, qui n’appartient à personne.

Un être dans l’ignorance croit qu’il va donner quelque chose qui lui appartient, faire un cadeau, mais l’éveillé qui connaît la nature de toutes choses, sa propre vacuité, ne pense pas à cela, pour lui le don est un échange, une communication. Celle-ci est destinée à libérer chacun en promouvant la générosité envers tous. Avec sagesse, le don va donc au-delà de toute notion mondaine ou personnelle et atteint une dimension transcendantale, comme toutes les autres actions de bien.