L’invitée: Laure Bronnec. coordinatrice projet de la Plateforme interreligieuse

LaureLaure est la coordinatrice du projet « Valorisation du dialogue interculturel et interreligieux » mis en place par la Plateforme avec le soutien des communautés membres, du Canton et de la Ville de Genève. Depuis le mois de septembre elle s’est attelée, en lien avec plusieurs membres du Comité à préparer les diverses manifestations organisées dans le courant du mois de novembre 2015 en lien avec les 20 ans du calendrier interreligieux et de la semaine des religions. Ci-dessous un article en lien avec le nouveau calendrier interreligieux dont quelques extraits paraitront dans prochain numéro de la revue Itinéraires.

Ces fêtes qui rythment nos calendriers

« Selon les lois sacrées de Dieu, […] il y a des fêtes bénies, des jours fériés, des jours de repos. Ces jours-là, […] tous devraient se réjouir ensemble, […] former une assemblée unique afin que l’unité et l’harmonie des nations éclatent aux yeux de tous. »

Abdu’l-Bahá (1844-1921)

Au delà du scoop

Quelles sont ces actualités cachées qui ne font ni le buzz dans les réseaux sociaux, ni la couverture des manchettes de nos rues ? Loin de ces événements qui changent l’ordre du monde, elles ne font pas sensation et sont au contraire le plus souvent vécues dans l’intimité d’une famille ou d’une communauté. Les fêtes, nos fêtes, qu’elles soient à caractère laïque ou religieux, sont depuis toujours et aux quatre coins du monde des points d’orgue de notre vie sociale et familiale. Est-ce la répétition de ces fêtes, comme des actualités cycliques attendues qui fait que nous en parlons moins ? Souvent cachées et imperceptibles à l’objectif des caméras, elles donnent pourtant respiration au quotidien, saveur aux retrouvailles, nouvel élan à l’âme,…

Aux rythmes des fêtes

Les fêtes constituent l’un des rites les plus universels de l’humanité. Religieuses ou civiles, bien des festivités ont aussi une fonction commémorative. En célébrant un passé fondateur, elles renforcent la communauté. Les fêtes sont ainsi, dans le monde entier, les principaux repères des calendriers qui rythment la vie des sociétés.

Dans le plupart des traditions, les fêtes sont des moments de trêve mettant de côté les barrières sociales, notamment lors des réjouissances qui les accompagnent. Très souvent, elles sont aussi un temps d’ouverture d’un groupe ou d’une communauté, durant lequel cette joie est largement partagée.

Une actualité joyeuse

Les fêtes ont toujours donné lieu à des réjouissances populaires, parfois débordantes. En desserrant ainsi les carcans sociaux, elles peuvent être un temps régénérateur pour la société. Dans le cadre, calendrier1516_01.bigplus ritualisé, des religions, une place est aussi laissée à l’effervescence festive. En témoignent, par exemple, la liesse populaire qui accompagne la fête hindoue de Holi, celle des festivités catholiques en Amérique latine ou de la fête de Pâques des Églises orientales. La joie a besoin d’être partagée. C’est aussi le sens des fêtes.

La vitalité du renouveau

Dans la Mésopotamie antique, la grande fête annuelle était le Nouvel An, à l’équinoxe du printemps. Chez les Égyptiens, elle célébrait, au début de l’été, la crue fécondante du Nil. Quant aux Incas, ils fêtaient avec faste, au solstice d’hiver, leur dieu Soleil pour assurer la permanence de ses bienfaits. Nombre de fêtes religieuses demeurent attachées aux cycles vitaux de la nature, même dans des traditions qui n’en divinisent pas les puissances, visibles ou invisibles. Les chrétiens célèbrent ainsi la naissance de Jésus, «lumière du monde», au lendemain du solstice d’hiver, et la résurrection du Christ à Pâques, au début du printemps.

La réjouissance d’une consécration

calendrier1516_02.big Le mariage, religieux ou civil, donne lieu à des fêtes dans la plupart des cultures humaines. Elles viennent consacrer une étape importante de la vie tant pour les mariés que pour la famille et, souvent, la communauté qui partagent ainsi cet heureux évènement. À l’échelle d’une société, on retrouve ce même type de consécration que parachèvent des réjouissances populaires. Il en va ainsi, dans les régimes royaux, avec les fêtes de couronnement consacrant l’accession au trône d’un souverain, ou d’une souveraine. C’est encore le cas, dans le domaine sportif, des festivités célébrant avec ferveur une victoire ainsi pleinement partagée par les athlètes et leurs supporters.

Entre célébrations et commémorations

Très diverses dans leurs rituels, les fêtes religieuses contribuent à renforcer la foi des fidèles et les liens communautaires. Ils ont aussi un rôle essentiel dans la transmission des convictions et des valeurs qui les rassemblent. C’est en particulier le cas des fêtes ayant une dimension avant tout commémorative. Davantage que d’autres encore, ces fêtes permettent de se réapproprier une histoire fondatrice et de raviver le sentiment de partager une communauté de destin. Il en va également ainsi des festivités civiles, telles les fêtes nationales, par lesquelles les États perpétuent la mémoire d’évènements fondateurs.

La fête comme porte d’entrée pour la rencontre

Les fêtes sont une excellente introduction aux différents héritages culturels et spirituels du fait que s’y mêlent étroitement les doctrines officielles et les traditions populaires. Placées sous le signe du recueillement, de la joie exubérante ou du deuil, les fêtes réunissent la spiritualité et l’affectivité, la mémoire et l’imagination, le naturel et le surnaturel. Elles nous rappellent que religion, culturcalendrier1516_06.bige et valeurs humaines ne sont pas des systèmes isolés et abstraits, mais des voies à parcourir, échos de la quête humaine d’un sens à la vie.

Elles constituent aussi l’occasion idéale d’entrer en contact avec nos voisins et nos voisines d’autres traditions. En effet, qu’y a-t-il de plus naturel et spontané que de se souhaiter «Bonne Fête!» lors des grandes occasions comme le Yom Kippour juif, la Fête du Sacrifice musulmane, le Wesak bouddhiste, le Noël chrétien ou encore le Nouvel An des différentes traditions.

Regrouper les fêtes dans un calendrier interreligieux

Valoriser le pluralisme religieux et la diversité culturelle bien présente sur notre territoire, voilà justement la principale vocation du calendrier interreligieux né en 1996 à l’initiative du pasteur Jean-Claude Basset.

Pendant quelques années il a pris la forme d’une simple feuille A4 indiquant les dates des principales fêtes de 6 traditions (hindoue, bouddhiste, juive, chrétienne, musulmane et baha’ie) avant  de devenir un véritable calendrier interreligieux.

Cette année, la 20ème édition anniversaire met justement l’accent sur les fêtes : une opportunité pour mieux connaître nos racines culturelles, religieuses ou laïques, tout en découvrant celles des autres.

Un calendrier : reflet d’une société

Tout en s’efforçant de coller à la course du soleil et/ou de la lune, un calendrier est toujours un peu le reflet de la société qui le produit et l’utilise. C’est vrai pour le choix de l’an I (extinction de Gautama Bouddha, naissance de Jésus-Christ ou émigration de Muhammad) comme pour la fixation du passage d’une année à l’autre ou encore des grandes fêtes civiles et religieuses qui marquent le rythme de la vie sociale et familiale.

La mesure et le sens du temps

00075-6D798A3DBB126383128A6E1F2BA9D454L’observation de la lune et du soleil est à l’origine de la mesure du temps. Plus facile à réaliser, le compte des mois lunaires a permis d’élaborer les premiers calendriers. Mais ils ont l’inconvénient de se décaler par rapport aux saisons de l’année solaire. Des cultures diverses ont alors combiné ces deux cycles dans des calendriers luni-solaires. Cet effort d’organisation du temps a toujours eu des enjeux vitaux comme, dans les sociétés agraires, pour décider de la période des semailles.

Par-delà leur diversité, tous les calendriers ont une origine religieuse. Ces festivités rythment le temps humain tout en donnant une signification au passé, au présent et au futur. Il en va ainsi, aujourd’hui encore, de la plupart des fêtes religieuses ou civiles.

Propos tirés des commentaires de Serge Lafite qui se trouvent dans la brochure accompagnant le calendrier 2015-16